La première fois que l’on rencontre Amandine Bourgeois, on est frappé de découvrir à quel point tout est à son image. Sa musique, ses textes, ses mots, son allure, tous points de départ d’une personnalité détonante. Ceux qui l’ont suivie en pointillés connaissaient déjà sa sensibilité à fleur de peau. Il est temps de découvrir aujourd’hui cette joyeuse folie qui l’anime car Amandine est une tornade qui déborde d’émotion. Quoi qu’il arrive il faut que ça sorte. Sous forme de mots, de larmes, ou de chansons. La météo de l’âme. 

«AU MASCULIN» est à l’image d’Amandine. «AU MASCULIN» est Amandine. Un album feuilletant ses émotions. Des regards sensuels de «L’eau à la bouche» au sentiment d’abandon de «Je ne veux pas que tu t’en ailles». Un album de « mecs » pour ce petit bout de « meuf » qui se sent mieux quand elle est entourée de garçons. Des garçons comme Guillaume Soulan, son guitariste, son « frère », comme Cali, son partenaire d’émotion qui l’accompagne sur «Il est cinq heures», son papa qui lui souffle l’idée de reprendre «Quoi ma gueule ?» et lui inspire son franc-parler ou encore cet ami qu'elle a vu tomber et sombrer dans un chagrin d'amour, et qui lui évoque «La ballade de Jim». Des chansons d’hommes qui l’ont accompagnée tout au long de sa vie en la faisant pleurer, danser, rire, frissonner… Des chansons d’hommes dans lesquelles Amandine a mis un peu d’elle, de sa douceur et de sa féminité, des chansons d’hommes pour une fille qui « en a ». Amandine Bourgeois est combative, drôle et touchante comme peut l’être un homme. Féminité et masculinité se côtoient dans un album à l’image du monde moderne dans lequel la chanteuse a grandi car finalement n’avons-nous pas tous cette double facette en nous ? 

Après l’expérience à la fois douloureuse et jubilatoire de l’Eurovision, Amandine avait besoin de remettre les compteurs à zéro. Nouvelle maison de disque, nouvelle couleur musicale. Entourée, désirée et soutenue par une nouvelle équipe, Amandine ressent le besoin de se retrouver, pourquoi pas à travers un album de reprises… C’est à la campagne, accompagnée deGuillaume Soulan, qu’elle va trier et faire son choix, injectant dans ces classiques de la chanson française un peu de Portishead par-ci, un peu deThe Do par-là, de la bossa, du reggae, de la pop et un peu de rumba. L’histoire de «AU MASCULIN» prend forme. 

Amandine Bourgeois fait partie de ces artistes qui auraient été incapables de faire autre chose que chanter. Et qui continueraient coûte que coûte. Avec ou sans succès. Biberonnée à la scène dès l’âge de 16 ans, elle a pourtant bien failli manquer son rendez-vous avec la musique. Après des études dans l’hôtellerie, elle s’exile à Londres puis aux Baléares pour exercer son métier avant de revenir en France. Toulouse va alors 

devenir LA ville de tous les possibles. Scène après scène, bar après bar, Amandine trouve sa voie. Ce sera chanter ou ce ne sera pas. Sur scène, son manque de confiance et sa fragilité disparaissent et laissent place à l’artiste qui rêve d’aller plus loin… Le « plus loin » viendra plus vite qu’elle ne croit. C’est via son Myspace que les casteurs de la Nouvelle Star la recrutent. Amandine va vivre alors la plus folle des aventures. De semaine en semaine, ses prestations électrisent le pavillon Baltard. Ses reprises deDylan,Tina Turnerou encoreAmy Winehousevont l’emmener droit vers la finale qu’elle remportera un jour de juin. Sa voix rauque et sensuelle à vous lever les poils va s’inscrire dans la chanson française. Car c’est désormais en français qu’Amandine va chanter. Plus question de se cacher. «20m2», son premier album post Nouvelle Star, est à son image : tout feu tout flamme, encore jeune, un peu perdu mais plein de promesses. Pour «Sans amour mon amour», Amandine voit les choses en grand. Son deuxième album, elle l’enregistre à Londres, en partie dans les fameux studios d’Abbey Road avec cuivres et tutti quanti. Amandine a mûri. «Sans amour mon amour» lui offre la reconnaissance du métier :Thomas Dutronc la prend sous son aile et Johnny Hallyday l’invite sur sa tournée… 

L’Eurovision va la marquer. Amandine sort grandie de cette expérience, avec l’intime conviction qu’elle a sa place. CroiserBonnie Tyler, représenter son pays, y aller avec la rage, chanter devant des millions de téléspectateurs lui donnent la confiance pour voir les choses en grand. L’accueil en demi-teinte de «L’enfer et moi» (écrit par le respecté Boris Bergman) ne la déstabilise pas, bien au contraire. C’est devant que ça se passe maintenant… 

«AU MASCULIN», c’est un album « tribute » à des chanteurs aimés depuis toujours et dans lequel Amandine revisite des standards. Mais il plonge surtout dans les souvenirs d’Amandine et dans l’être si humain qu’elle est. Une artiste pétrie de doutes, désireuse d’aimer et d’être aimée, telle qu’elle est. Avec cette furieuse envie de consoler par la musique tout en criant «Love me, please love me». 

Pour «La ballade de Jim», elle se remémore sa rencontre avec Alain Souchon dans un hall d’hôtel à Castres. Autour d’un verre (et d’une cuisse de poulet !), elle lui fait écouter son titre «L’enfer et moi». Elle est fébrile. Lui adore la chanson et la voix d’Amandine. 

Le texte de «Quoi ma gueule ?» lui ressemble et lui rappelle celui qui l’a embarquée avec lui à Londres sur la célèbre scène du Royal Albert Hall. Johnny, qu’elle appelle « le patron ». Amandine admire son charisme et son incroyable présence scénique. Lui l’accueillera un soir dans sa loge à Carcassonne pour lui dire qu'elle se « débrouille bien ». Avant de lui donner l'occasion de chanter devant 12 000 personnes… «Quoi ma gueule ?», c’est aussi et surtout le cri du coeur d’une jeune artiste qui assume un physique qu’elle pense imparfait, une chanson si brute et si « mâle » dans laquelle Amandine a injecté tout son charme, sa douceur et sa féminité. 

Pour «L’eau à la bouche», Amandine inverse carrément la vapeur, transposant les mots d’un homme dans un univers où les femmes sont plus libres sexuellement, un monde où l’on peut être joueuse et murmurer au féminin « je t’en prie ne sois pas farouche quand me vient l’eau à la bouche… ». 

«Alors on danse» crée la surprise. Personne ne croyait à ce choix. Amandine se bat. Il a fallu travailler encore et encore pour décrocher LA version qui finit par convaincre son équipe. Les mots si puissants de Stromae retrouvent étonnamment et plus que jamais, leur lettre de noblesse. 

Sur «Il est 5 heures», l’heure à laquelle leur première rencontre dans un festival s’est probablement terminée… Amandine invite Cali. A les écouter chanter pour la première fois ensemble, on dirait que leurs univers étaient faits pour se rencontrer. 

«J’veux pas que tu t'en ailles», c’est la séparation de ses parents lorsqu’elle a 1 an. C’est la peur d’être abandonnée, la peur de ne plus être aimée. 

Pour «Mona Lisa Klaxon», impossible de ne pas convie rBeverly Jo Scott, une diva d’Alabama qui avait déjà repris la chanson d’Higelin par le passé et collaboré avec les plus grands artistes français. En 2010, Beverly découvre Amandine et sa passion pour Janis Joplin. C’est décidé, notre petite « frenchie » montera avec elle sur scène pour un concert hommage à l’éternelle interprète de «Mercedes Benz», point de départ d’une grande amitié musicale. Cerise sur le gâteau, Louis Bertignac, qui adore les deux artistes pose sa guitare sur «Mona Lisa Klaxon». 

«Parler d'amour» la lie étroitement à Toulouse, sa ville (de coeur) et celle d’Art Mengo. Mais avec « Savoir aimer », ce sont surtout des textes chargés de ce fameux désir d’aimer et de cette volonté sans faille d’apprendre à ne rien attendre en retour. Une générosité de coeur et de mots qui anime Amandine depuis toujours. 

«La musique c'est toute ma vie, je ne me vois pas faire autre chose, je n'ai donc pas d'autre choix que de toujours me relever. ». Tel est le mantra d’Amandine Bourgeois. Finalement derrière les reprises se cache peut-être l’album le plus personnel de la chanteuse. On frémit déjà de connaître la suite de l’histoire…